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La politique de l’eau du Conseil départemental

A l’occasion du vote du budget primitif lors de la Séance plénière du Conseil départemental des 30-31 janvier 2020, Armelle Huruguen, Vice-présidente du Conseil départemental, a présenté la politique de l’eau du Département et Georges Lostanlen, conseiller départemental délégué à l’eau, aux espaces naturels et aux randonnées, a exposé les nouvelles missions de la Cellule d’animation sur les milieux aquatiques et la biodiversité (CAMAB).

Intervention d’Armelle Huruguen

La délibération présentée à l’occasion de cette Séance plénière a bien sûr un format habituel de bilan annuel de toutes les actions qu’accomplit le Département dans ses compétences propres et aux côtés des maîtres d’ouvrage. Mais par ce rapport, madame la Présidente, vous demandez à notre Collectivité d’amplifier la mobilisation des acteurs de l’eau pour face aux enjeux issus du changement climatique.

Le Directeur général de l’Agence de l’Eau Loire Bretagne va nous restituer demain matin l’évaluation des cinq premières années de mise en œuvre du schéma départemental d’alimentation en eau potable  du Département. Le paysage institutionnel a évolué en profondeur : il y a avait 186 maîtres d’ouvrage dans le Finistère, ils sont désormais 73 depuis le début de ce mois.

Si au début de la décennie précédente, la mobilisation des acteurs a permis l’élaboration de ce schéma, il est déjà constaté qu’il ne suffira pas. Il n’est plus suffisant pour faire face aux défis qui s’annoncent.

La marchandisation et la financiarisation de l’eau au niveau mondial engendre des conflits, des guerres. La vente de l’eau s’avère désormais plus rentable que le pétrole. L’eau devenant une marchandise comme une autre, elle génère des concurrences féroces pour capter les ressources. Qui maîtrisera les ressources, détiendra le pouvoir.

En France, à partir des années cinquante, des financements publics conséquents ont permis la mise en place des réseaux d’eau potable. C’est seulement à la fin des années 80 que la quasi-totalité des Français vont bénéficier de l’eau courante à domicile. En matière d’assainissement, les stations d’épuration se développent par les premières prises de conscience environnementale dès le début des années 60.

D’ailleurs, le renouvellement des réseaux d’eau potable est un sujet en soi. Leur durée de vie était estimée à 240 ans dans notre département en 2011. Ce ne sont pas moins de 20 5000 km de canalisations qui sont concernées pour une valeur à neuf de 2,7 Mds €. Notre Pays bénéficie d’une organisation publique ou de délégation de service public, certes protectrice, mais qui doit trouver les solutions pour faire face à des défis de plus en plus considérables liés à la production et aux usages. La question de l’eau ne peut plus se gérer, ni à court terme, ni à une échelle territoriale trop réduite.

L’eau est un bien commun qui devient un bien public au fur et à mesure de son cycle. En effet, l’eau qui tombe du ciel doit faire l’objet de traitements pour la rendre potable après qu’elle ait infiltré des sols dégradés et pollués. Elle est donc produite, transportée et distribuée pour arriver au robinet. Il est à noter qu’en Bretagne, seuls 19 % de l’eau prélevée provient de ressources souterraines (98 % en région Centre Val de Loire). Nous sommes une région tout à fait singulière de ce point de vue. Nous avons donc une responsabilité écologique importante par rapport à notre situation géographique.

La fixation des populations sur le littoral est mondiale. Cette littoralisation concerne aussi le Finistère  et va générer, par les pressions démographiques exercées, y compris touristiques, des déséquilibres plus ou moins accentués entre les besoins et les ressources. L’équation entre une augmentation des besoins et une baisse des ressources nous oblige donc à nous préparer.

Georges LOSTANLEN nous parlera tout à l’heure des liens forts entre qualité des milieux et eau potable.

C’est pourtant dans les villes très à l’aval des rivières que se concentrent les plus grosses difficultés. C’est aussi là que sont concentrés le développement économique et les richesses qu’il procure. Il nous faudra accepter de contraindre le développement en fonction des ressources disponibles. La priorisation de la ressource et les économies en eau sont à inscrire dans toutes les politiques publiques particulièrement celle concernant l’aménagement du territoire et le développement économique.

Il se trouve que la diversité de notre ressource en eau dans le Finistère est aujourd’hui perçue comme une faiblesse. La prise en compte du changement climatique pourrait considérer cette diversité comme un atout. Toute nouvelle organisation devra donc raisonner en termes de résultats attendus. Une organisation imposée est rarement efficace : la confiance est essentielle. Une structuration future devra aussi veiller à ne pas accroître les inégalités entre les territoires.

Il faut également trouver tous les mécanismes d’une juste péréquation financière entre l’amont et l’aval pour que tout le monde s’y retrouve. Des systèmes de redistribution à l’échelle régionale et nationale, mais aussi une tarification adaptée et différenciée (hiver/été par exemple) du prix de l’eau doivent devenir la règle. Le prix de l’eau va être au cœur de tous les débats dans les prochaines années.

C’est le chemin qui nous conduira à une nouvelle organisation que vous nous proposez de prendre, madame la Présidente, en créant la démarche Finistère eau potable 2050. Nous ne pouvons pas nous contenter de discours. Notre département doit s’engager dans des coopérations renforcées qui permettront de construire les conditions d’une solidarité à l’échelle départementale garante de solidarités entre tous les territoires du Finistère. Assurer les solidarités entre l’amont et l’aval alors que les besoins se développent, c’est renforcer les liens entre le Finistère intérieur et le Finistère littoral, le Finistère urbain et le Finistère rural.

 

Intervention de Georges Lostanlen

L’année 2019 a été consacrée par la Présidente du Conseil départemental à l’environnement, amenant au vote d’un rapport d’engagement lors de la dernière Séance plénière. Le sens de ce rapport, c’est que nous devons dans l’ensemble de nos politiques publiques faire de la question environnementale une priorité encore plus affirmée.

Le changement climatique nous l’impose. C’est un impératif. Les signes du dérèglement climatique sont partout, parfois de manière particulièrement brutale comme en témoigne les derniers évènements australiens, mais aussi ici, dans le Finistère selon des modalités peut être moins spectaculaires mais tout aussi tangibles. Les alertes sont déjà là, et la question de l’eau, par exemple, nous éclaire s’il en était besoin. Nous sommes confrontés à un paradoxe, à deux antagonismes : à la fois les inondations, qui se multiplient, et les sécheresses, qui menacent chaque été. Ainsi, au mois de septembre dernier, dans le Finistère, nous n’avions plus que 50 jours de ressource en eau disponible. Dans le sud de la France, certaines régions ont dû être alimentées en eau potable par camion-citerne : c’est ce risque que, par notre action, nous anticipons.

Cet objectif, nous l’avons mis en œuvre depuis longtemps en partant du postulat que nous devions avant tout œuvrer pour  la préservation de la qualité et de la quantité. C’est la mission de la Cellule d’animation sur les milieux aquatiques (CAMA), créée en 2008, afin de préserver et restaurer les zones humides.

Ces zones humides définies au code de l’environnement remplissent de nombreuses fonctions essentielles de dépollution des eaux, de réservoirs de biodiversité et de régulation des flux d’eau, que ce soit en les stockant lors de crues ou en les redistribuant en période de sécheresse.

Ces zones humides sont aujourd’hui en régression importante et inquiétante. En Europe de l’Ouest, environ 50 % d’entre elles ont été détruites au cours des 200 dernières années. En France métropolitaine, on estime qu’environ 67 % de leur surface a disparu depuis le début du 20ème siècle, dont la moitié entre 1960 et 1990. Les zones humides subissent, non seulement des drainages, mais aussi des comblements, des pollutions, des perturbations physiques et, de plus en plus, la colonisation par diverses espèces invasives, ces dernières ayant une « prédilection » pour les milieux humides et les milieux perturbés. Les zones humides peuvent aussi être dénaturées, à l’instar des nombreuses rivières recalibrées.

Les missions de la CAMA visent à améliorer et diffuser la connaissance sur ces milieux, répondre aux besoins des maîtres d’ouvrage et anticiper les nouveaux enjeux, et animer le réseau d’acteurs finistériens. En 2020, la Cama devient la CAMAB et intègre dans le champ de ses interventions la biodiversité.

Un plan d’action est mis en place pour la période 2020-2025 autour d’un objectif stratégique : « Accompagner la préservation et la valorisation des milieux aquatiques et de la biodiversité en Finistère ».

Dans la continuité de ses précédentes missions depuis plus de 10 ans, cette mission se décline de plusieurs manières: faciliter la préservation des milieux aquatiques et de la biodiversité, anticiper les nouveaux enjeux et favoriser la mise en réseau des acteurs. Plusieurs actions seront réalisées sur cette période. On peut citer :

  • La mise en place d’une plateforme internet dédiée aux milieux aquatiques et à la biodiversité
  • La sensibilisation des scolaires et notamment des collégiens
  • Une veille scientifique et technique et un partage de l’expérience
  • Un appui à la réalisation d’atlas de la biodiversité communal ou intercommunal
  • L’accompagnement des maîtres d’ouvrage à la prise en compte des nouveaux enjeux
  • L’animation des gouvernances départementale et régionale

Ce sont ici quelques-unes des nombreuses actions de la Camab.

Cette question de la gouvernance départementale et régionale est importante. Au titre de la gouvernance départementale, le Conseil départemental joue et entend continuer à jouer un rôle fondamental de mise en réseau des acteurs. Au niveau régional, l’Agence Bretonne de la Biodiversité vient de voir le jour. Basée à Brest, l’ABB fonctionnera par conventionnement avec les Départements qui apporteront une ingénierie de proximité aux acteurs de leur territoire. Notre Département se propose d’être la porte d’entrée de cette Agence sur le territoire Finistérien par son offre d’ingénierie de proximité sur les milieux aquatiques et la biodiversité au travers de la CAMAB

En conclusion, j’aimerais rappeler à nouveau l’attention que nous devons porter à nos ressources, à l’eau et à la biodiversité notamment. Un récent rapport Commissariat général au développement durable (décembre dernier) identifie qu’en France un tiers du territoire joue un rôle irremplaçable pour la biodiversité. Cette même étude montre aussi que 5 % du territoire présente une couverture a priori insuffisante ou quasi nulle des enjeux nationaux de biodiversité. Par leurs compétences, les Départements jouent un rôle significatif pour les préserver. Le Conseil départemental du Finistère l’a compris et assumé depuis de nombreuses années et entend approfondir son action, en gardant en permanence à l’esprit que l’eau et la biodiversité sont des biens publics, des biens communs, qu’il faut préserver.

L’émergence du concept de biodiversité est étroitement liée à l’histoire mondiale de la protection de la nature et l’évolution des idées concernant ce que l’on appelait auparavant plus volontiers la « NATURE ».

BIODIVERSITÉ et EAU sont indissociables.