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Séance plénière du 17 décembre 2020: discours introductif de la Présidente du Conseil départemental

Mesdames les Conseillères générales,

Messieurs les Conseillers généraux,

Cher∙e∙s collègues,

Mesdames et Messieurs,

Avant de commencer nos échanges, je souhaite avoir une pensée pour Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981, qui s’est éteint le 2 décembre dernier. Chacun, chacune, aura certainement en tête, en pensant à lui, des événements, des décisions, des anecdotes qui lui sont propres. Pour ma part, il aura été le président de mon enfance. Je retiendrai de sa présidence les avancées accordées sur le plan sociétal et des droits individuels, notamment à une jeunesse qui aspirait à la liberté, comme partout en Europe. Les femmes auront pu enfin être entendues, au moins d’un point de vue légal, sur la maîtrise de leur corps et le choix de maternité. Son attachement à la construction européenne aura également été un marqueur fort. Si je n’ai pu le mesurer que bien plus tard, je sais aussi que ces droits, cette liberté, sont fragiles et qu’il nous appartient collectivement de veiller à leur pérennité. Quant au projet européen, le Brexit nous a montré, s’il le fallait, qu’il nécessite un engagement et une vigilance de tous les instants. Je pense en ce moment à toutes celles et tous ceux qui attendent dans l’inquiétude, parce qu’il y aura des conséquences fortes dans leurs vie, le résultat des négociations, en particulier les pêcheurs et les professionnel.le.s de la mer dans leur ensemble.

Je vous propose d’observer une minute de silence en hommage à Valéry Giscard d’Estaing.

Cher∙e∙s collègues,

Réuni∙e∙s pour notre débat d’orientation budgétaire, il y a un an, nous étions loin d’envisager l’année 2020 telle qu’elle s’est passée. Une crise sanitaire mondiale, des populations confinées, des limitations de déplacements et de réunion, une crise sociale, une économie percutée de plein fouet par le contexte de la pandémie… De bout en bout, cette année 2020 aura demandé une mobilisation exceptionnelle. Une mobilisation nécessaire pour lutter contre le virus et ses conséquences, une mobilisation essentielle pour rester soudé∙e∙s et solidaires. Le Conseil départemental aura tout au long de l’année répondu présent. Les agents et agents auront fait preuve d’une implication exemplaire. Nos missions ont été assurées, nos actions adaptées pour répondre au mieux aux besoins, nouveaux ou non, notre expertise et nos compétences mises au service de partenariats pour agir le plus largement et le plus complètement possible.

Des organisations bouleversées, des missions complémentaires, des besoins accrus, des besoins nouveaux demandent une réactivité et une adaptabilité de tous les instants. Voilà qui donne tout leur sens aux mots orientations (budgétaires) et prévisionnel (budget). En effet, rien n’est déterminé à l’avance. Cette année plus que les autres peut-être, l’inattendu est venu frapper. Pour y faire face, il est important de pouvoir compter sur ses ressources propres, humaines, je les ai évoquées, et budgétaires, préservées grâce à une utilisation et une gestion efficaces des moyens, mis au service de politiques publiques ambitieuses. Il est également important de pouvoir compter sur des éléments stables, ne serait-ce que de la confiance et du lien. En Finistère, nous pouvons compter sur ce lien, entre collectivités, avec le secteur associatif comme avec les parties prenantes et leurs organisations représentatives, sur la cohésion entre les habitantes et les habitants, grâce à un dialogue construit, à une cohésion entretenue. Le baromètre de l’opinion publié la semaine dernière nous en donne la mesure et conforte cette impression : dans la durée, les Finistériennes et les Finistériens aiment leur département, leur cadre de vie, sont solidaires et cela contribue à leur optimisme pour le présent et l’avenir.

L’optimisme nous sera utile, car cette crise, nous n’en sommes pas sorti∙e∙s, loin s’en faut. Le virus circule toujours, les restrictions restent fortes et j’ai une pensée particulière pour toutes celles et tous ceux qui en subissent les conséquences dans leur vie quotidienne ou dans leur vie professionnelle. Une pensée pour celles et ceux qui restent empêchés professionnellement malgré les trésors d’inventivité déployés pour s’adapter à la situation, notamment dans les secteurs de la restauration, du tourisme, de la culture… La culture, dont l’ouverture vers les richesses infinies de l’altérité et du dialogue, la capacité à montrer la réalité sous toutes ses facettes, à créer du rêve et de l’utopie, donc des solutions pour le présent et l’avenir, à nourrir l’optimisme et le bonheur, à nous augmenter en tant qu’êtres humains, en tant qu’êtres sociaux, nous serait pourtant si bénéfique.

A toutes et tous, j’adresse un message de soutien. Nous sommes à vos côtés et agissons de concert, pour vous soutenir au mieux, en lien avec les collectivités finistériennes et bretonnes, avec le Conseil régional de Bretagne, en lien avec le préfet.

Nous n’oublions pas qu’au-delà des entreprises, au-delà des projets, ce sont des femmes et des hommes qui sont durement éprouvés. Les plus précaires et les plus vulnérables au premier chef. La longue expérience des sociétés le montre : lors de catastrophes, la solidité du quotidien, assurée par la solidarité et la cohésion, est la base d’appui pour faire face et résister. Une société inégalitaire, divisée, est moins armée, moins solide. Et si les politiques publiques sociales sont essentielles, c’est bien à la source qu’il faut agir tout d’abord. Promouvoir l’égalité, la construire, éviter les inégalités, c’est plus efficace qu’agir pour en atténuer les effets. Promouvoir l’égalité, c’est penser au départ au juste accès à l’éducation, à la connaissance, à l’emploi, à la juste répartition des richesses et des services, c’est avoir de la considération pour chacune et chacun, c’est penser l’aménagement du territoire. Cela permet également de sortir de la solidarité comme réponse d’urgence et de construire la solidarité comme une capacité à être autonome dans ses choix et élaborer ses propres contributions. C’est un cap à fixer et à tenir, une stratégie qui répond aux enjeux et nous amène à un but commun : permettre à chacun et chacune de construire son projet de vie, de famille.  Pour cela, il faut mobiliser l’ensemble des collectivités, l’ensemble des politiques publiques, l’ensemble des territoires. Pour cela, il faut une réelle décentralisation pour une démocratie qui vive et s’exprime partout, en proximité, au plus proche des projets et des ressources. Pour cela, il faut aussi sortir des idées reçues, brandies comme des vérités alors qu’elles n’en sont pas. Il faut oser des innovations, comme le revenu de base, que nous avons proposé d’expérimenter. Pour cela, il faut s’inscrire dans une démarche de transition, qui touche à la fois les questions sociales et l’environnement.

Car tout est lié.

Les inégalités ont des conséquences terribles pour les personnes qui subissent de plein fouet les crises et les changements radicaux proposés. Quelques exemples. Du foncier trop cher en zone urbaine ? Etalement urbain. Eloignement des zones d’activité et de service ? Utilisation de véhicules personnels. Plutôt que d’accabler les familles qui cherchent à s’organiser et vivre avec des budgets souvent peu élevés, permettons-leur de faire de vrais choix et de s’engager, de participer aux transitions indispensables. Elles ne seront effectives et durables qu’à cette condition. Changeons les politiques publiques d’aménagement du territoire, de logement, de transport. Pour le permettre, il faut de l’imagination et de la créativité, il faut un réel pouvoir décisionnaire et il faut des ressources, humaines et financières, pour créer le changement et pour accompagner le changement. C’est cela, la transition. Ça ne peut être la promotion d’un modèle puis brutalement la promotion d’un autre, en oubliant que la précarité, la pauvreté dans laquelle vivent nombre de nos concitoyennes et concitoyens, c’est-à-dire la réalité de ce que vit une grande partie d’entre nous, les rendent particulièrement vulnérables.

Au Conseil départemental du Finistère, c’est un chemin que nous avons ouvert il y a bien des années, mais tout ne dépend pas de nous. Nous avons des propositions, nous avons des projets, nous avons des contributions : un office foncier solidaire, des actions collectives, des clauses dans les marchés publics, la mise en place de concertation avec les habitantes et les habitants, des contributions aux documents d’urbanisme et d’aménagement, une structure d’ingénierie et d’assistance technique pour soutenir l’émergence de projets, le développement de mobilités douces, le soutien au co-voiturage…

Ces propositions, nous continuons à les travailler, nous continuons à les améliorer. L’année à venir nous permettra je l’espère de les mettre en œuvre. C’est ainsi que nous avons construit les perspectives qui seront débattues tout à l’heure lors de l’examen des orientations budgétaires.

Malgré la crise sanitaire, malgré la crise sociale, malgré le défaut de visibilité, nous avons la volonté, toujours, de trouver un chemin.

Et pour trouver ce chemin, il nous faut la confiance dans la parole donnée et les engagements de l’Etat. Sans le respect des principes de la décentralisation, qui prévoit que les collectivités jouissent de compétences et de moyens propres ainsi que de l’autonomie financière, sans le respect des accords conclus, il est particulièrement difficile de construire des politiques de long terme.

Je ne m’appesantirai pas ici sur les moyens financiers de notre collectivité, privée à présent de toute autonomie fiscale. 120 millions d’euros cette année encore que l’Etat ne versera pas au Département au titre des allocations que nous avançons en son nom et des dispositifs que nous finançons pour combler ses manquements. 120 millions, soit plus que notre budget annuel d’investissement : je vous laisse imaginer ce que nous pourrions développer en termes de politiques publiques de solidarité. Et la situation risque de s’aggraver car le gouvernement a décidé de ne pas prendre en charge l’augmentation du montant du RSA, qui viendra alourdir les budgets des Départements d’un peu plus de 1,7 milliard d’euros. Sur les milliards annoncés par l’Etat dans cette période difficile, pas un geste pour les collectivités qui accompagnent les plus précaires et les plus vulnérables d’entre nous. Pourtant, la cour des comptes vient elle-même vient de le rappeler récemment : les conseils départementaux sont les collectivités les plus impactées par la crise en cours. Il s’agit bien un choix, qui n’est pas clairement assumé par le gouvernement, soucieux de soigner sa communication à grand renfort de recyclage de moyens.

En Finistère, comme ailleurs, le Département est donc appelé à faire face, seul, aux effets de la crise sur les politiques sociales, notamment l’augmentation de plus de 10% du nombre de personnes qui ont recours au RSA, l’accroissement de près de 20% de l’appel aux territoires d’action sociale, et appelé dans le même temps à contribuer au plan de relance.

Plan de relance, contrat de plan Etat Région : la préparation des prochaines planifications est en effet en cours. Et les échanges ne sont pas à hauteur des enjeux, loin s’en faut. Je vous le dis : les conditions ne sont pas réunies pour une signature. Les engagements des précédentes étapes ne sont pas tenus. Comment, dans ces conditions, nous projeter vers l’avenir ? Un exemple : le pacte d’accessibilité. Trois ans après la signature de cet accord, aucune suite donnée. Nous avions pourtant obtenu de haute lutte la création d’un comité de pilotage pour l’amélioration de la desserte ferroviaire du Finistère, l’inscription d’études et la perspective de travaux. Et au-delà des sujets de la Bretagne dans son ensemble, la lecture du mandat de négociation montre à quel point la question de l’équilibre territorial n’est pas à l’ordre du jour. La pointe finistérienne se mobilise régulièrement pour le rappeler : le déséquilibre territorial est néfaste pour l’ensemble du territoire. Dans les perspectives qui nous sont faites, des inégalités criantes, inacceptables. L’enseignement supérieur et la recherche, par exemple. Parmi les Départements, rares sont ceux qui mobilisent des moyens financiers pour leurs universités. En Finistère, c’est le cas. Comment, donc, ne pas être indigné∙e par la tournure que prend la contractualisation en Bretagne ? 47 millions pour l’Ille et Vilaine (65 projets), 5,6 millions pour le Finistère (88 projets). La contractualisation, les appels à projet, la différenciation doivent être des vecteurs d’adaptabilité, d’efficacité, jamais des vecteurs d’inégalité.

Voici, en quelques exemples, comment ce qui pourrait être un outil exceptionnel de planification et de construction concertée des politiques publiques pour des projets utiles, dans des partenariats riches de perspective, se réduit à un simulacre de coopération. Et pourtant, il serait utile de trouver dans ces plans un élan à la fois pour le soutien à la population et pour les transitions nécessaires.

Car la relance, ce ne peut pas être seulement la relance par l’économie. Ça, c’est le moyen. Notre objectif, c’est la transition vers un avenir pour toutes et tous, qui suppose à la fois d’agir contre le changement climatique et la préservation de l’environnement et d’agir pour créer une société dans laquelle chacune et chacun pourra s’épanouir, développer ses projets, participer à la cohésion.

Vous le verrez dans le débat, comme vous le voyez dans les rapports que nous votons. Nous engageons le Conseil départemental dans cette perspective depuis plus de 20 ans.

L’ONU, près de 40 après le sommet de Rio, cinq ans après les accords de Paris, appelle à déclarer l’état d’urgence climatique, « à faire preuve d’ambition, à faire cesser les coups portés à notre planète, et à faire ce qu’il faut pour garantir l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants ». C’est dire que la relance et notre projection dans l’après pandémie ne peuvent se résumer à un retour à ce qui était en place. Nous avons des moyens d’agir et d’agir dans une optique de solidarité et d’égalité. S’il n’y a pas une prise de conscience générale, la volonté d’avancer avec toutes et tous et de faire en sorte qu’il n’y ait pas de laissé∙e∙s pour compte ou de victimes de ces choix, nous n’atteindrons pas notre but. Pour y parvenir, la lutte contre le changement climatique doit être menée dans la ligne des objectifs de développement durable, définis collectivement et déclinés dans l’agenda 2030 :

  1. « pas de pauvreté,
  2. faim zéro,
  3. bonne santé et bien-être,
  4. éducation de qualité,
  5. égalité entre les sexes,
  6. eau propre et assainissement,
  7. énergie propre et d’un coût abordable,
  8. travail décent et croissance économique,
  9. industrie, innovation et infrastructure,
  10. inégalités réduites,
  11. villes et communautés durables,
  12. consommation et production responsables,
  13. mesures relatives à la lutte contre le changement climatique,
  14. vie aquatique,
  15. vie terrestre,
  16. paix, justice et institutions efficaces,
  17. partenariats pour la réalisation des objectifs.

Toutes les composantes de la société doivent se les approprier et les mettre en œuvre, du citoyen au sommet de l’état en passant par les organisations de la société civile, les universités et les écoles, les collectivités locales, le secteur privé et associatif… Pour que tout le monde bénéficie de ce plan, tout le monde doit y participer. »

Nous avons perdu du temps à l’échelle mondiale comme à l’échelle locale, c’est certain. Mais l’urgence ne doit pas nous amener à renoncer aux principes des objectifs de développement durable. Ils sont indispensables pour atteindre notre but, pour construire la société que nous appelons de nos vœux. Car à l’urgence climatique s’ajoute l’urgence sociale, accentuée par la crise sanitaire : intérimaires, saisonnier∙e∙s, intermittent∙e∙s du spectacle, étudiantes et étudiants, de nouveaux visages de la précarité, de plus en plus jeunes, sont venus s’ajouter aux précédents, que nous n’oublions pas.

En Finistère, au Conseil départemental, nous avançons dans ces objectifs de développement durable. Vous pourrez le constater notamment à travers notre rapport afférent. Pas toujours assez vite, c’est certain, pour des raisons parfois internes, pour des raisons parfois extérieures. Bien sûr, tout est loin d’être parfait. Les missions sont complexes, les décisions quelquefois lourdes à porter, le contexte difficile. Les démarches sont parfois lentes, mais il faut tenir compte de multiples niveaux de décisions, de cadre réglementaire.

Nous continuons à nous engager résolument, y compris dans un travail partenarial avec les élu∙e∙s du Finistère, avec les parties prenantes. Malgré les difficultés financières, le Département est resté le premier partenaire public des territoires en Finistère : en moyenne 27 millions d’euros par an sont consacrés aux projets locaux, auxquels il faut ajouter les outils d’ingénierie, la présence et l’action directe du Département dans ces territoires, l’aide au secteur associatif… Les premiers échanges initiés avec les nouvelles et nouveaux élu∙e∙s sont positifs. De nouvelles préoccupations se font jour, ou s’intensifient au sujet de la pauvreté, voire de la très grande pauvreté. Jamais sûrement, avons-nous autant parlé de cohésion sociale. Une cohésion qui est le sujet de toutes et tous, en compétences partagées. Nous pourrons nous appuyer sur cet engagement pour construire les accords pour des territoires solidaires. Il y a là de belles perspectives de partenariat au profit de la qualité de vie et des habitantes et habitants de notre département.

Comme je le disais il y a quelques instants, la volonté politique nous anime et nous avons à cœur de trouver le chemin d’un avenir positif pour notre département, pour les Finistériennes et les Finistériens. Nous nous plaçons dans une optique de coopération avec l’Etat pour des politiques publiques de qualité, à hauteur des enjeux. Pour que cette coopération soit effective, pour que cette articulation soit efficace, je demande solennellement que le gouvernement respecte les principes de décentralisation et garantisse à notre collectivité les moyens financiers des politiques publiques qui lui ont été confiées. Les compétences décentralisées ne doivent pas être la variable d’ajustement du budget de l’Etat au détriment des habitantes et habitants des territoires, des politiques de solidarité et de proximité. C’est un préalable indispensable à toute mise en œuvre de la loi dite à présent 4D : déconcentration, décentralisation, différenciation, décomplexification. Jacqueline Gourault rappelait elle-même encore hier soir, lors de son échange avec les représentants de l’ADF : si la différenciation est réclamée par les élu.e.s de manière très forte, il est indispensable de préserver le principe cardinal d’égalité républicaine. Nous en attendons à présent, fermement, des preuves concrètes.

Cher∙e∙s collègues,

Mesdames et Messieurs,

Avant de terminer mon propos, je vous adresse, à toutes et tous, mes vœux les meilleurs pour l’année qui s’ouvre bientôt et vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année. Soyons plus que jamais attentifs et attentives les un∙e∙s aux autres, afin de trouver la force individuelle et collective nécessaire pour surmonter ces temps difficile et donner espoir aux générations à venir.