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Séance plénière du 6 juillet 2020: discours introductif de la Présidente du Conseil départemental

Discours introducif de Nathalie Sarrabezolles, Présidente du Conseil départemental du Finistère

Mesdames les Conseillères départementales, Messieurs les Conseillers départementaux, chers collègue,

Je souhaiterais, en préambule de cette séance plénière, que nous ayons ensemble une pensée pour Charles Miossec, ancien président du Conseil départemental, qui s’est éteint le 12 avril dernier. Elu finistérien depuis les années 1970, il fut conseiller municipal à Loc-Eguiner Saint-Thégonnec, député, maire de Landivisiau, Conseiller général et président du Conseil général de 1988 à 1998. Attaché au Finistère, il aura porté des politiques locales et nationales tout au long de sa carrière dans un engagement constant. En tant que Président du Conseil départemental, il aura été l’artisan de la mise en œuvre concrète de la première phase de la décentralisation, tout particulièrement de la modernisation et de l’adaptation des collèges. Je vous propose de respecter, ensemble, une minute de silence en sa mémoire.

Nous voici réunis pour une première séance publique depuis le début de la crise sanitaire. D’une ampleur inédite, celles-ci nous a conduits à modifier nos comportements, à retreindre un temps nos libertés de déplacement. Nous l’avons fait, les uns et les autres, et nous continuons à le faire, car il s’agit d’épargner à des personnes fragilisées ou vulnérables d’être touchés par un virus provoquant des atteintes graves, voire mortelles. C’est un exemple de solidarité à saluer. Nous pensons bien entendu toutes et tous aux personnes touchées, aux victimes décédées, à leurs familles, aux malades, aux soignantes et soignants, aux aidantes et aidants, à toutes celles et tous ceux qui se sont employés à faire fonctionner les services, à produire de quoi nous nourrir, à le mettre à disposition, à éduquer les enfants, à lutter contre l’isolement, à soutenir, même à distance, à rassurer, à mettre en œuvre les mesures sanitaires… Nous avons vu dans notre pays s’élever une immense vague de solidarité et d’humanité. C’est une richesse immense qui s’est révélée. Dans le Finistère, terre de solidarité et d’entraide par excellence, l’élan a été fort.

Le plus fort de la pandémie semble à présent passé en France, mais n’oublions pas que nous sommes toujours en état d’urgence sanitaire, que la prudence doit nous guider. Chacun et chacune, nous sommes tentés, parce que le virus a été moins présent dans notre région, de lever la garde. Le lien social, qui passe par des marqueurs sociaux traditionnels, nous amène à rechercher à retrouver nos habitudes. Restons prudents et continuons à l’être, même après la levée de l’état d’urgence sanitaire. De nouveaux foyers se font jour en Europe, en France. Cette séance plénière, sous ce format particulier de la visioconférence, sera, je le souhaite, la première et la dernière du genre, ce qui sera un indicateur d’un retour à une forme de vie plus conforme à nos attente, et donc un indicateur de recul du danger.

Cette crise sanitaire s’est peu à peu doublée d’une crise sociale et économique. Les conséquences en sont fortes sur notre territoire et continuent à se faire sentir. Des familles ont été brutalement impactées par le confinement, par l’isolement, par les tensions familiales qu’il a pu entraîner, par des baisses de revenus, par des pertes de revenus. La précarité, déjà présente, s’est accentuée pour certains et amorcée pour d’autres. Des salarié.e.s sont en difficulté, des entreprises sont en difficulté. Je pense en particulier à la situation de la Brittany Ferries et de Hop, aux acteurs et actrices économiques de la pêche, du tourisme, au secteur de la culture… C’est collectivement que les réponses sont peu à peu construites et le Conseil départemental y prend sa part. Nous y reviendrons dans la présentation du premier rapport.

En ces temps troublés, l’expression démocratique s’est trouvée elle aussi perturbée : les élections municipales, dont les campagnes avaient souvent commencé depuis le début de l’année, voire avant, se sont déroulées en deux tours espacés de plusieurs mois. Une situation inédite, difficile, dans laquelle les élu.e.s, les candidates et candidats ont fait leur possible pour être présents, pour s’adapter. Je salue l’ensemble des listes pour cet engagement hors norme. Je salue également l’ensemble des élu.e.s, et je leur adresse mes plus sincères félicitations. Parmi eux, un salut tout particulier aux conseillers départementaux et aux conseillères départementales nouvellement élus. Parmi elles et parmi eux plusieurs maires, à qui j’adresse mes chaleureuses félicitations, qu’ils aient été reconduits ou qu’ils aient été élus pour leur premier mandat. L’aventure est toujours aussi passionnante et enrichissante.

Je tiens également à saluer maires, conseillers municipaux et conseillères municipales finistériens qui, pour diverses raisons, s’arrêtent, et à les remercier de leur engagement et des partenariats que nous avons construits ensemble, dans l’intérêt des Finistériennes et des Finistériens, où qu’ils et elles aient choisi de vivre. Cette capacité à travailler ensemble est une vraie richesse qu’il nous faut cultiver en Finistère, parce qu’elle est un terreau fertile et parce qu’elle fait notre force et notre particularité. Au-delà des questions finistériennes, elle nous aura permis de porter ensemble des questions qui nous importent, à la pointe bretonne. Elle nous aura permis de marquer quelques points. L’accord pour des travaux destinés à l’amélioration de la vitesse de trajet en train entre Rennes et Brest, obtenu après des discussions multiples avec les représentants de l’État en Région, la proposition de son inscription dans le CPER, en sont des exemples.

Cette force, cette particularité, elles nous seront utiles dans les temps à venir : les inquiétudes pour l’avenir, le rebond à construire après la pandémie, la nécessaire cohésion sociale pourront notamment y trouver des réponses. Cette force, cette particularité, elle se construit aussi avec les citoyennes et les citoyens.

L’une des caractéristiques de ces élections municipales est l’abstention. Elle n’est pas nouvelle, et nous nous interrogeons scrutin après scrutin sur la meilleure manière de faire vivre pleinement la démocratie. Elle n’est pas nouvelle, et pour la faire reculer, il nous faut avancer vers plus d’ouverture, il nous faut, élu.e.s, citoyennes et citoyens, mouvement associatif, nous mobiliser pour redonner le goût de la construction politique. Ce qui est attendu de nous, je le crois profondément, est une élévation du débat à hauteur des enjeux.

 

Autre caractéristique, la carte de France post municipales nous montre aussi un grand risque de fracturation sociale et sociétale. Il est évident que nous n’avons pas tout à fait les mêmes préoccupations lorsque l’on vit en zone urbaine ou en zone rurale, lorsqu’on vit avec des revenus qui permettent la tranquillité d’esprit ou en situation précaire ou même dans un halo de pauvreté, mais nous pouvons nous retrouver sur de grands enjeux, concernant la qualité de vie, par exemple, qui pour être un objectif commun, amène des réponses différentes selon le lieu où l’on vit. Ce n’est pas les uns contre les autres que nous devons jouer, mais tous ensemble car l’amélioration de la qualité de vie de chacun favorise le progrès pour toutes et tous.  Aménagement du territoire, déplacements, services publics, cadre de vie, proximité de l’emploi, qualité de l’éducation… : la cohésion sociale est essentielle et il est important de trouver les sujets qui nous rapprochent, de sortir des habituels discours, qui sont faux, sur un gâteau qui serait à partager ou sur le fait qu’il serait inévitable d’appauvrir les plus pauvres pour avoir des services publics. Des objectifs de développement durable sont accessibles et sont devant nous, pour peu que nous nous donnions collectivement les moyens de les atteindre, sans sacrifier le long terme à l’urgence, en ciblant les actions, en affichant les priorités. Ce sera l’objet de nos travaux dans les mois à venir.

 

La décision modificative que nous étudierons aujourd’hui en est une première étape, le rapport de présentation de l’adaptation de notre collectivité à la crise sanitaire ouvre également des pistes.

Je forme le vœu que le nouveau Gouvernement, que nous attendons incessamment, soit ouvert à un échange construit et fructueux sur ces sujets, qu’il s’agisse de financement des politiques publiques, de progrès dans la décentralisation ou d’aménagement du territoire.

Dans les rapports du jour, nous étudierons également la proposition d’une prime destinée aux agents particulièrement mobilisés pendant cette période. Parallèlement à cette réflexion, nous nous sommes interrogé.e.s sur la situation des personnels du secteur médico-social non concernés par la prime d’État. En effet, le Gouvernement, après avoir décidé d’une prime de 500 à 1000 euros pour les agents de la fonction publique hospitalière des secteurs peu touchés par la crise sanitaire, dont le Finistère fait partie, a annoncé une prime de 1000 euros à toutes et tous les salariés du secteur médico-social financé par l’assurance maladie, introduisant de fait une inégalité flagrante. Il a par ailleurs proposé une prime aux salarié.e.s du secteur médico-social non financé par l’assurance maladie, chargeant les Conseils départementaux de la financer, s’ils le souhaitaient et s’ils le pouvaient.

Les revendications de reconnaissance et de revalorisation salariale sont légitimes, dans un secteur que nous savons depuis toujours, au Département, essentiel pour accompagner les parcours de vie. Nous vivons dans une société qui ne reconnait pas suffisamment le travail de ces femmes et de ces hommes. C’est un sujet que nous portons depuis de nombreuses années. C’est un sujet de société qui demande un arbitrage fort : comment décidons-nous, collectivement, de financer l’accompagnement du vieillissement ? Comment décidons-nous, collectivement, de financer l’accompagnement des personnes en situation de handicap ? Comment décidons-nous, collectivement, d’accompagner toutes celles et tous ceux qui subissent des accidents de vie ? Continuons-nous à accepter des inégalités qui ne sont pas dues à des choix politiques mais à des différences de ressources des collectivités ?

En effet, le Ministre de la santé a organisé l’injustice sur ce sujet et souhaite reporter la responsabilité sur les Départements, sans tenir compte des inégalités de départ entre ces Départements. Certains, même s’ils ont la volonté de verser cette prime, ne sont pas en mesure de le faire parce que leurs recettes sont moindres. Par ailleurs, puiser pour cette prime dans les fonds de l’assurance maladie, puiser dans les fonds de l’assurance chômage, c’est-à-dire dans les cotisations sociales des salarié.e.s, destinées à leur protection, n’est pas la seule solution. D’autres moyens seraient mobilisables. Rouvrons le débat en associant largement la population.

Dans un premier temps, il me paraît nécessaire que l’État revienne sur cette incohérence et cette inéquité, cette rupture d’égalité entre les différents personnels, en proposant une prime juste et cohérente pour les salarié.e.s du secteur sanitaire et médico-social public.

En attendant l’aboutissement de cette réflexion, je vous propose malgré tout de nous engager nous-mêmes dans une démarche de reconnaissance du travail et de l’engagement, suivant deux axes inscrits dans la continuité de notre attention aux salarié.e.s du secteur médico-social, et notamment celui des services d’aide à domicile.

Dans la lignée de la proposition qui est faite aux agents du Département, je propose de nous attacher, avec les structures employeuses, à créer pour celles qui le souhaitent un cadre d’octroi d’une prime aux salarié.e.s qui se sont particulièrement investis, ont connu un surcroît d’activité ou une nécessaire adaptation de leur organisation de travail. Le Conseil départemental se rapprochera du Ministère de la santé et de la CNSA pour voir comment cette revalorisation pourra être accompagnée financièrement.

Comme une prime ponctuelle ne suffira pas à résoudre les questions qui nous occupent, il nous faut continuer à travailler sur le niveau de rémunération et la précarité de nombreux emplois, la nécessité de mieux prendre en compte la pénibilité et les contraintes d’organisation du travail. Je le disais, il s’agit bien entendu d’une question à porter au débat national sur la reconnaissance des métiers et des missions de l’accompagnement des personnes, ainsi que sur leur nécessaire financement par la solidarité nationale. En attendant cette prise en compte nationale, nous proposerons toutefois à nos partenaires d’examiner ensemble, dans le cadre des CPOM, les moyens de dégager les marges de manœuvre nécessaires à une revalorisation.

Comme souvent, j’ai beaucoup évoqué au long de mon propos les questions d’égalité, de droit et de justice. Ce sont des sujets essentiels dans notre société, car notre aptitude à les porter détermine aussi notre capacité à faire cohésion, à nous écrire une histoire collective humaine et porteuse d’avenir.

C’est pourquoi je souhaitais, avant de finir mon propos, rendre un hommage appuyé à Jacques Toubon, un homme qui, pendant six ans au poste de Défenseur des droits, s’est fait le héraut et quelquefois le héros de la défense des libertés publiques et des droits des personnes, de la lutte contre les discriminations. Comme beaucoup à gauche, j’étais dubitative à sa nomination, restée sur le souvenir de ses fonctions ministérielles passées. Je me suis trompée. Je lui suis aujourd’hui reconnaissante de ce travail sans relâche mené depuis 2014. « J’y ai mis ce que je suis » a-t-il dit. Son action à ce poste nous en dit long sur ce qu’il est. Je retiens cette phrase à son propos : « Jacques Toubon est un adversaire de l’aquoibonisme comme d’un pseudo principe de réalité qui amène trop souvent au renoncement à l’humanisme et à l’égalité. »

Merci à vous, Monsieur, pour cet engagement sans faille.

Au Conseil départemental nous ne renonçons pas, ne sommes pas aquoibonistes et continuons à placer en tête de nos préoccupations l’humanisme, les libertés publiques, la justice et l’égalité.