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Un Finistère solidaire et inclusif – Intervention de Solange Creignou – Séance plénière des 31/01 et 1/02

Madame la Présidente, chers collègues,

      Tandis que nous nous apprêtons aujourd’hui à élaborer le 5ème schéma finistérien en faveur des personnes en situation de handicap -les 9 prochains mois y seront consacrés-, on ne peut faire l’impasse sur l’héritage des politiques passées, le contexte dans lequel s’inscrit l’action départementale et l’ambition que nous entendons ici lui donner. Il nous faut aussi considérer les efforts restant à accomplir pour que les personnes âgées ou en situation de handicap et leur entourage soient pleinement reconnus dans l’exercice de leurs droits et dans l’expression de leur projet de vie.

   Comme Marc Labbey l’a rappelé, les politiques de solidarité concernent l’essentiel du budget départemental. A titre indicatif, l’enveloppe adossée aux deux schémas « Vivre ensemble » et « Bien vieillir en Finistère » représente plus de 265 M d’euros, et je ne parle là que des dépenses de fonctionnement.

    C’est une somme considérable que nous nous employons à déployer, ici en Finistère, sur la qualité de l’accompagnement des personnes et leur vie sociale, au-delà des mécanismes d’attributions règlementés qui répondent à la seule logique de compensation de la perte d’autonomie.

   Cette préoccupation de l’accompagnement et de la vie sociale n’est pas nouvelle pour le Département et n’a cessé de monter en puissance dans le cadre de la mise en œuvre des schémas départementaux successifs.

   Aujourd’hui, si l’on peut globalement considérer cette préoccupation comme partagée et le virage inclusif comme amorcé, les défis ne sont pas moins importants pour les mettre en œuvre, car c’est à la seule condition d’aménager des parcours individualisés et des accompagnements singuliers que nous pourrons y parvenir en acte.

   Cette exigence légitime nécessite des moyens importants, et des modalités de partenariats qu’il nous faut plus que jamais réinventer dans l’environnement social, sociétal, politique, budgétaire qui est le nôtre.

   Concernant les personnes handicapées, l’évaluation qui vient de vous êtes présentée l’a bien mis en évidence, depuis la déclaration des droits des personnes handicapées des Nations Unies (1975), plusieurs évolutions du cadre juridique, la loi de 2005 puis de 2016 pour les plus récentes, ont été déterminantes et sont venues régulièrement bousculer notre perception et notre manière d’appréhender le handicap.

   40 ans d’initiatives diverses visant à améliorer structurellement la situation en matière d’accessibilité qu’elle concerne l’accès à la scolarité, à une formation, à l’emploi, à la santé, à la citoyenneté… ou plus prosaïquement à un bâtiment, ont contribué à porter un autre regard sur le handicap. Il nous faut absolument maintenir nos efforts en ce sens, pour créer les conditions d’un parcours sans rupture, pour favoriser le libre choix des personnes du lieu et de leur mode de vie, ce qui suppose un travail simultané d’aide aux personnes et de leurs aidants.

Un rappel de quelques chiffres issus de cette même évaluation pour donner la mesure du sujet qui nous occupe aujourd’hui et pour lequel le département est compétent pour agir :

  • Fin 2017, 113 328 personnes étaient connues de la MDPH, un chiffre en évolution (+7% en un an), c’est 8% de la population finistérienne !

Ces chiffres, déjà éloquents, ne recensent pourtant pas l’entourage des personnes en situation de handicap, celles et ceux que l’on appelle génériquement « les aidants » et qui pour nombre d’entre eux voient leur quotidien consacré à l’accompagnement de leur proche.

   Ainsi il nous faudra, dans le cadre du prochain schéma, réaliser un travail important de mobilisation des partenaires pour plus de coordination, pour faire évoluer l’offre à l’échelle départementale et infra-départementale. Nous devrons nous appuyer sur l’évaluation du 4 e schéma et prendre en compte les besoins très importants en matière de structure d’accueil .Nous sommes bien conscients de la nécessité de travailler à des propositions pour répondre aux attentes des personnes handicapées et de leurs familles.

   Cette réflexion sera nécessairement menée en étroite collaboration avec la MDPH dans le cadre de la RAPT et de son élargissement à terme à tous les publics, dans un contexte où l’Etat fait bouger les lignes sur les territoires à travers sa stratégie nationale de santé lancée vers la « convergence des dispositifs d’appui aux parcours ».

Concernant les personnes âgées, les enjeux sont tout aussi importants d’autant que l’on sait que la Bretagne est plus concernée que d’autres régions par le vieillissement de la population (15,5% de la population aura plus de 75 ans en 2040, contre 14,7% en France), la perte d’autonomie (+40% de personnes dépendantes à l’horizon 2040 en Bretagne, +38% en France métropolitaine)  et l’isolement des seniors (habitat diffus, souvent peu adapté au grand âge).

   Tandis que la concertation nationale Grand Age et Autonomie livre ses premières conclusions, nous restons dans l’attente d’une stratégie nationale réelle sur les enjeux suivants :

  1. Renforcer le maintien à domicile des personnes âgées,
  2. Améliorer la qualité d’accueil des personnes âgées en établissement spécialisé,
  3. Mieux accompagner les proches aidants,
  4. Améliorer les conditions de travail des aidants professionnels,
  5. Réduire le coût de la prise en charge de la perte d’autonomie,
  6. Faciliter l’accès à la santé des personnes âgées,
  7. Développer des lieux de vie alternatifs et intergénérationnels

   L’ensemble de ces propositions, nous tentons déjà de les mettre en place avec des moyens toujours plus contraints.

   Si la question du soutien aux proches aidants est également cruciale, nous tirons aujourd’hui la sonnette d’alarme sur le modèle économique du secteur d’aide à domicile qui montre ses limites et qu’il nous faut de toute urgence réinventer, pour améliorer le service rendu aux personnes, mais également les conditions de travail des professionnels du secteur.

   Nous connaissons la situation de ces structures qui sont sur le fil avec en moyenne 30 jours de trésorerie. Bien conscient de cette fragilité, nous avons lancé en 2018 une étude  auprès du cabinet SPQR pour faire émerger des solutions.

   On le voit, le schéma Vivre Ensemble tout comme celui Bien vieillir ne peuvent pas, à eux seuls, répondre à tout.

   Cependant, en sa qualité de chef de file responsable, le Département s’inscrit bien dans cette démarche volontaire de coordination et de cohésion sociale à vocation sociétale. Nous parlons bien ici de droits fondamentaux et de responsabilité collective pour permettre à une partie non négligeable de la population de les exercer pleinement.

   C’est de notre responsabilité de travailler à la reconnaissance des personnes les plus fragiles, personnes handicapées et personnes âgées, comme acteurs à part entière de notre société, riches de leur expérience et de leur différence, contribuant comme tout un chacun à la construction du vivre ensemble.

   Les rapports qui vous sont proposé ce jour traduisent en actions et en dispositifs, notre volonté politique de nous saisir de ces enjeux majeurs pour notre département en matière de solidarité.